La naissance dans la brume
Un matin de printemps, la campagne chinoise dormait encore sous la brume. Les rizières retenaient les premières lueurs du ciel et le vent remuait doucement les bambous autour d’une petite ferme aux murs de terre. Rien ne pressait. Vicky non plus.
Dans la pièce la plus chaude de la maison, sur une couverture d’indigo posée dans la paille, une chienne venait de mettre au monde son unique petite. Minuscule, le poil encore froissé, la nouvelle-née restait blottie contre le cœur de sa mère. Elle respirait par petits coups, comme on débute.
Lorsque le soleil franchit le seuil, un rayon éclaira son menton blanc et se posa sur ses paupières. La petite ouvrit les yeux. Ils étaient immenses, sombres et brillants. Elle ne bougea pas. Elle regarda simplement la lumière, très sérieuse déjà, bien qu’elle tînt encore presque tout entière dans deux mains.
Près de la couverture traînait un ruban rouge brodé, oublié après une fête du village. Une brise entra par la porte et le fit glisser jusqu’à la patte de la petite chienne. Sa mère le repoussa du museau. Le ruban revint. Les anciens auraient parlé d’un signe ; d’autres, d’une porte mal fermée. Quoi qu’il en soit, le ruban resta là.
On lui donna le nom de Vicky.
Dehors, les coqs s’appelaient d’une ferme à l’autre et l’eau courait entre les jeunes pousses de riz. La vie ordinaire reprenait. Dans la maison, Vicky venait d’ouvrir les yeux. La route, elle, pouvait attendre encore un peu.



